Cahier des charges site internet : ce qu'il doit contenir

Un cahier des charges de site internet décrit ce que le site doit faire, pour qui, avec quelles contraintes. Il sert de référence commune entre l’entreprise et son prestataire, puis de base de comparaison des devis. Sept parties suffisent : contexte, objectifs, cibles, périmètre fonctionnel, contenus, exigences techniques et légales, budget et calendrier.
Ce document n’est pas une spécification technique. Une PME qui décrit précisément son besoin métier obtient de meilleures propositions qu’une entreprise qui impose un choix de technologie sans comprendre ce qu’il implique.

À quoi sert vraiment le document
Trois fonctions se superposent, et les confondre produit un document bancal.
La première est contractuelle. Le cahier des charges devient une annexe du devis signé : ce qui y figure entre dans le prix, ce qui n’y figure pas fera l’objet d’un avenant. Cette frontière protège autant le client que le prestataire, à condition d’être écrite avant la signature.
La deuxième est comparative. Trois agences répondant au même document produisent des devis réellement comparables. Sans cadre commun, chacune chiffre un périmètre différent, et l’écart de prix ne veut plus rien dire. Nos repères sur les fourchettes de prix d’un site professionnel prennent tout leur sens une fois le périmètre stabilisé.
La troisième est interne. Rédiger le document oblige à trancher des questions restées floues : qui décide, quels contenus existent réellement, quel objectif prime. Beaucoup de projets s’enlisent moins par incompétence technique que par absence d’arbitrage en amont.
France Num, le programme de l’État dédié à la transformation numérique des entreprises, publie une sélection de trames librement réutilisables. Partir d’une trame existante fait gagner du temps, à condition de ne pas conserver des rubriques sans rapport avec le projet.
Les sept parties d’un document exploitable
Contexte et présentation de l’entreprise
Deux pages suffisent. Activité, marché, clientèle, positionnement, concurrents identifiés, existant numérique. Un prestataire qui comprend le métier propose des solutions pertinentes ; un prestataire qui découvre l’activité pendant la maquette produit du générique.
Précisez le point de départ : site existant à refondre, absence totale de présence en ligne, présence limitée aux réseaux sociaux. Le travail de reprise diffère radicalement selon les cas, notamment sur les redirections et l’historique de référencement.
Objectifs mesurables
L’erreur la plus fréquente consiste à écrire « améliorer notre image ». Un objectif exploitable se formule avec un indicateur et un horizon :
- générer un nombre défini de demandes de devis par mois ;
- réduire les appels entrants sur des questions traitables par une page ;
- vendre en ligne une gamme précise de références ;
- recruter par un espace carrière autonome ;
- présenter un catalogue technique consultable par les prescripteurs.
Hiérarchisez. Un site qui poursuit six objectifs de rang égal n’en sert aucun correctement, parce que l’arbitrage sur la page d’accueil devient impossible.
Cibles et parcours
Décrivez deux ou trois profils réels, pas des personas décoratifs. Pour chacun : sa situation, ce qu’il cherche, le vocabulaire qu’il emploie, l’appareil qu’il utilise, ce qui déclenche sa prise de contact. Un artisan qui consulte un fournisseur depuis un chantier, sur un mobile, en 4G dégradée, n’a pas les mêmes besoins qu’un acheteur en bureau d’études.
Ce travail conditionne la structure du site autant que le référencement, sujet abordé sous un autre angle dans notre article sur le référencement naturel d’une PME.

Périmètre fonctionnel et arborescence
Le cœur du document. Listez les pages types et les fonctionnalités attendues, en séparant clairement l’indispensable du souhaitable.
Une arborescence tient sur une page, sous forme d’arbre ou de liste indentée. Trois niveaux de profondeur suffisent à la grande majorité des sites de PME. Au-delà, le contenu devient difficile à atteindre et le maillage interne se dilue.
Côté fonctionnalités, la liste type comprend :
- formulaire de contact avec routage vers les bonnes boîtes ;
- moteur de recherche interne ;
- espace téléchargement de documents techniques ;
- prise de rendez-vous en ligne ;
- multilingue, avec les langues et le volume concernés ;
- interfaçage avec un outil existant, nommé explicitement.
Chaque ligne mérite une mention de priorité. Le classement en trois niveaux, obligatoire, utile et optionnel, autorise un arbitrage budgétaire sans renégocier tout le projet. L’écart entre un site vitrine et une boutique en ligne se joue précisément ici, comme le détaille notre comparaison entre site vitrine et e-commerce.
Contenus : qui écrit quoi, et quand
Le contenu est la première cause de retard des projets web. Le cahier des charges doit répondre à trois questions.
Qui rédige : l’entreprise, le prestataire, un rédacteur externe. Le coût change du tout au tout, et une rédaction confiée au client sans accompagnement finit régulièrement par bloquer la mise en ligne pendant des mois.
Quel volume : nombre de pages à écrire, nombre de fiches produits, longueur indicative. Un chiffre approximatif vaut mieux qu’un silence.
Quelles ressources existent : photos exploitables, logo vectoriel, plaquette, textes réutilisables. Précisez qui détient les droits sur les visuels, point régulièrement oublié qui se rappelle au mauvais moment.
Exigences techniques et contraintes légales
Ce qui se demande sans être ingénieur
Une entreprise n’a pas à imposer un langage ou un serveur. Elle a en revanche toute légitimité à exiger des résultats :
- autonomie éditoriale sur les contenus courants, sans intervention du prestataire ;
- affichage correct sur mobile, tablette et ordinateur ;
- temps de chargement contenu, mesuré sur une connexion mobile ordinaire ;
- sauvegardes automatisées et procédure de restauration documentée ;
- accès complet au code, aux comptes et au nom de domaine en fin de mission ;
- possibilité de changer de prestataire sans reconstruire le site.
Le dernier point mérite d’être écrit noir sur blanc. Un site développé sur une solution propriétaire fermée transforme chaque évolution en négociation contrainte.
Le volet réglementaire
Plusieurs obligations s’imposent quel que soit le prestataire retenu.
Les mentions légales relèvent de la loi pour la confiance dans l’économie numérique : identité de l’éditeur, coordonnées, hébergeur, directeur de publication. La protection des données impose une politique de confidentialité, une base légale pour chaque traitement et un dispositif de recueil du consentement conforme aux positions de la CNIL sur les traceurs.
L’accessibilité numérique constitue le sujet montant. La directive européenne 2019/882, dite European Accessibility Act, s’applique depuis le 28 juin 2025 aux services de commerce électronique destinés aux consommateurs de l’Union. Les microentreprises de services sont exemptées, sous le double seuil de moins de dix salariés et de deux millions d’euros de chiffre d’affaires annuel. Franchir l’un des deux seuils fait tomber l’exemption, sans période transitoire.
Un site marchand de PME en croissance a donc tout intérêt à intégrer les critères d’accessibilité dès la conception plutôt qu’à les rattraper après coup, la reprise d’un parcours d’achat existant coûtant nettement plus cher que sa conception initiale.

Budget, planning et gouvernance
Annoncer une enveloppe n’affaiblit pas la négociation. Elle évite de recevoir des propositions hors sujet et laisse le prestataire arbitrer le périmètre dans la bonne fourchette. Une plage plutôt qu’un montant unique fonctionne bien.
Distinguez toujours deux lignes :
- l’investissement initial, conception et développement ;
- le coût récurrent annuel, hébergement, nom de domaine, maintenance, mises à jour de sécurité, éventuel accompagnement éditorial.
Le second poste surprend régulièrement les entreprises qui n’avaient budgété que le premier. Les dispositifs d’accompagnement financier existent selon les régions et les profils, sujet traité dans notre article sur les aides pour créer son site internet.
Côté calendrier, indiquez la date souhaitée de mise en ligne et les contraintes réelles : salon professionnel, saisonnalité de l’activité, fin d’un contrat d’hébergement. Mentionnez aussi vos délais de validation internes, souvent le vrai facteur limitant.
La gouvernance se règle en trois lignes. Nommez un interlocuteur unique côté entreprise, avec pouvoir de décision. Précisez le rythme des points d’avancement. Fixez un délai de retour sur les livrables. Ces trois éléments pèsent davantage sur la tenue du planning que la vitesse de développement, comme le montre notre parcours des étapes qui comptent dans un projet de site.
De la consultation au choix du prestataire
Le document produit sa valeur au moment de la consultation. Envoyez-le à trois ou quatre prestataires, pas davantage : au-delà, le temps de dépouillement dépasse le gain de la mise en concurrence, et la qualité des réponses baisse parce que chacun sait ses chances faibles.
Demandez une réponse structurée sur le même plan que votre document. Une proposition qui suit votre arborescence et reprend vos priorités se compare en quelques minutes ; une plaquette commerciale de dix pages ne se compare pas du tout.
Trois signaux distinguent une réponse sérieuse d’un devis expédié :
- le prestataire pose des questions écrites avant de chiffrer, signe qu’il a lu le document ;
- il conteste ou reformule certains points, plutôt que de tout valider ;
- il détaille le découpage du prix par lot, et non un forfait global opaque.
Vérifiez ensuite les postes que les devis omettent fréquemment : reprise des contenus existants, redirections depuis les anciennes adresses, formation à l’outil d’administration, période de garantie après mise en ligne, hébergement de la première année. Ces oublis expliquent une part importante des écarts constatés entre deux propositions apparemment équivalentes.
La question de la propriété des livrables se règle au devis, jamais après. Nom de domaine déposé au nom de l’entreprise, accès administrateur à l’hébergement, code source récupérable, comptes analytics créés sur une adresse de l’entreprise. Un projet où le prestataire détient le nom de domaine place l’entreprise en situation de dépendance totale.
Un dernier point d’attention concerne la recette du site. Prévoyez explicitement une phase de tests avant mise en ligne, avec une liste de contrôle écrite : parcours de contact réellement testé, affichage sur trois tailles d’écran, vérification des redirections, contrôle des mentions obligatoires. Cette étape se néglige souvent sous la pression du calendrier, et les corrections après mise en ligne coûtent plus cher que les mêmes corrections en recette.
Consigner ces attentes dans le cahier des charges évite d’avoir à les négocier au moment où le rapport de force s’est inversé.
Les pièges qui rendent un cahier des charges inutile
Quatre défauts reviennent constamment :
- le document fleuve de soixante pages que personne ne lit, généralement recopié d’une trame sans adaptation ;
- la spécification technique imposée sans motif, qui écarte des solutions pertinentes ;
- l’absence de priorisation, qui rend tout arbitrage budgétaire impossible ;
- le silence sur les contenus, principal facteur de dérive du planning.
Un bon document tient entre dix et vingt pages pour un site de PME. Il décrit des besoins, pas des solutions. Il hiérarchise. Il assigne des responsabilités nominatives avec des dates.
Prochaine étape : rédigez une première version en trois heures, sans chercher l’exhaustivité, puis faites-la relire par une personne extérieure au projet. Les questions qu’elle posera désignent exactement les zones à compléter avant de consulter des prestataires.